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Published on juin 17th, 2012 | by Faël Isthar

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Review : 1Q84

Qui n’a jamais entendu parler d’Haruki Murakami ? L’un des plus grands auteurs contemporains japonais aux cotés de Murakami Ryo. Connu de notre génération grâce à des œuvres telles que Kafka sur le Rivage, La Balade de l’impossible ou encore La fin des temps, Murakami s’est essayé, pour son dernier roman 1Q84, à l’écriture en plusieurs tomes. Impressions ? Plutôt très bonnes, comme d’habitude.

1Q84 conte les destins entremêlés de Tengo et Aomamé. Le premier est un écrivain de l’ombre, la deuxième une tueuse à gages. Cherchant un sens à sa vie, tranquille mais désespérément creuse, Tengo se laisse entrainer par son éditeur Komatsu dans ce qui se révèle être une fraude littéraire. Plus précisément, il va réécrire l’œuvre de Fukaéri, jeune surdouée de 17 ans à l’enveloppe envoutante et mystérieuse. Le procédé est évidemment tout ce qu’il y a de plus illégal et Tengo, comme il l’avait pressenti, va dés lors s’aventurer dans des terres dangereuses et inconnus sous le joug des Little People.

Aomamé quant à elle, dispensait des cours d’auto-défense avant de tuer de sang froid. Témoin de Jéhovah durant son enfance, elle en a beaucoup souffert du fait de l’extrême rigueur que ses parents appliquaient quant au respect des dogmes. Ce qui fait qu’elle n’a jamais réussi à sociabiliser auprès des élèves de sa classe, étant par exemple contrainte à réciter une prière avant de manger les repas de la cantine ou bien à ne pas participer aux sorties extra-scolaires, considérées comme superflues et contraires aux valeurs d’ascèse prônées par certains TJ.

Là, comme ça, on se demande quel est le lien entre Aomamé et Tengo, ce qu’on ne vous révèlera évidemment pas ici. Tout ce qu’on peut vous dire, c’est que les deux ont 29 ans et qu’ils vont malgré eux se retrouver dans un monde différent du leur, celui de 1Q84. Où notre lune, belle et ronde, côtoie une petite sœur aux contours irréguliers et à la surface herbeuse.

Parce que oui, ce qu’il convient de souligner avec Murakami, c’est qu’il a une lecture qui ne peut pas convenir à tout le monde. Ou plutôt, qui risque progressivement de décontenancer les lecteurs les plus rationnels et pragmatiques d’entre nous. Ainsi, si on se retrouve au début du roman dans un univers bien réel, on ne tarde pas à basculer, petit à petit, dans une dimension étrange, fantastique et macabre.

Et 1Q84 ne déroge pas à la règle même si, format oblige, le fantastique ne commence à réellement s’immiscer qu’à partir du 2ème tome. Présent sous la forme des Little People, sa véritable force est de pouvoir se rendre crédible aux yeux du lecteur grâce à de multiples métaphores pleines de sens. Manne insatiable à ce niveau là, on a l’impression qu’Haruki Murakami parvient chaque fois à trouver les mots justes pour décrire l’indescriptible.

Il n’empêche qu’on reste dans du fantastique et que, malgré les métaphores extrêmement ciselées, il n’y a pas vraiment de fond. On est maintenu dans le flou et, parfois, sans réponses à nos questions. Ce en quoi son compère Murakami Ryo se démarque en se focalisant sur un japon des plus réels avec un gros travail sur le pourquoi du comment. Deux visions différentes mais qui ont le mérite de se compléter.

Haruki reste cependant très concret sur la forme avec moult descriptions éminemment justes et parfois crues sur les sensations, personnages et environnements. Et là où il fait très fort, c’est dans sa description des états d’âmes liés à l’amour et…au sexe.

J’ai même envie de dire qu’il a tendance à se surpasser puisqu’on ressent véritablement ce que pourraient ressentir les personnages dans de tels contextes sulfureux. Et 1Q84 ne déroge pas à la règle avec son lot de situations intimes mais ô combien vivantes. Mais plus que cela, tout les protagonistes semblent avoir quelque chose à nous apprendre. De par leur identité bien marquée et leur passé regorgeant d’anecdotes intemporelles et précieuses.

La construction du corpus s’opère donc à base d’un chapitre Tengo et un chapitre Aomamé. Avec l’introduction d’un troisième personnage lors du livre III. Ce choix d’avoir été décliné sur 3 livres constitue à la fois la force et la faiblesse d’1Q84. Sa force ? Tout simplement le plaisir d’être longuement plongé dans cet univers fou et à la fois si prenant et viscéral. Sa faiblesse ? Des longueurs qui n’auraient probablement pas eu leur place s’il y avait eu un seul tome.

D’autant plus longues quand on n’est pas habitué à l’univers Murakami. C’est pourquoi nous aurions tendance à vous conseiller une œuvre moins lourde telle que Les amants de Spoutnik ou bien l’iconique Kafka sur le rivage (mon préféré). 1Q84 aborde néanmoins une thématique délicate et sérieuse qui n’avait jamais de mémoire été traitée dans ses autres romans : la violence faite aux femmes.

Impossible dés lors de ne pas être touché par son implication et le message qu’il semble nous envoyer : il n’y a pas pire homme que celui qui persécute une femme, mentalement et/ou physiquement.

1Q84 est-il donc à conseiller ? Oui, mille fois oui. Car malgré quelques longueurs, la lecture reste fluide et diablement prenante. Toutefois, comme indiqué plus haut, il est préférable de commencer par plus léger si vous en avez l’occasion. Dans tout les cas, vous comprendrez à quelle point cet auteur mérite son statut de légende au sein de la littérature contemporaine japonaise.

Note YZ : 8/10

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Directeur de YZGeneration



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